Chocolat

Spéculation avec cacao

Les variations brutales du prix du cacao, comme des autres matières premières agricoles, s’expliquent par les variations de l’offre et de la demande (augmentation de la demande des pays émergents, production d’agrocarburants, les prix élevés du pétrole et des engrais, les mauvaises récoltes causées par les aléas climatiques, …) mais pas seulement…

Depuis quelques années, l’arrivée de nouveaux spéculateurs financiers sur les marchés agricoles- hedge funds, fonds de pension, banques financières – est venue accroître la volatilité des prix.

Résultat : les spéculateurs créent des bulles financières et s’enrichissent pendant que les consommateurs subissent invariablement des hausses des prix du chocolat (on n’a jamais vu le prix du chocolat baisser !) et que les producteurs de cacao sont soumis aux yoyos des prix…

Jusqu’à aujourd’hui, pour des raisons tenant aux méthodes de production du cacao (altitude, …), le cacao est principalement issu de petits agriculteurs organisés en coopératives. Ils sont plusieurs millions à l’échelle de la planète, qui subissent directement les aléas du prix dictés par les spéculateur.

La spéculation a changé de visage

Depuis le 19ème siècle, les agriculteurs vendent leurs récoltes futures à travers des contrats à terme pour se protéger des variations de prix. Les hedgers (entreprises agroalimentaires) ainsi que les spéculateurs achètent ces contrats à terme. Des spéculateurs qui n’ont pas besoin de ces produits agricoles achètent les contrats pour les revendre ultérieurement plus cher aux hedgers …

Quand ces spéculateurs ne représentaient qu’une faible minorité des acteurs sur les marchés à terme, leur comportement ne pouvait pas perturber les mécanismes de formation de prix. Mais dans les années 2000, ils sont devenus majoritaires sur ces marchés. Cela tient à différents facteurs (dérégulation des marchés financiers, faillite des autres marchés financiers – dot com, subprimes, …). Cet afflux massi des spéculateurs leur permet d’interférer et de manipuler les cours. 

Exemple

Le 16 juillet 2010, le hedge fund anglais Armajaro a acheté 240 100 tonnes de fèves de cacao à Londres, en contrat à terme, soit un quart des stocks européens et 7 % de la production annuelle mondiale de cacao. Cet achat a créé une pénurie artificielle qui a provoqué une flambée des prix (voir grafique).

En passant des ordres d’achat par le biais de plusieurs maisons de courtages et banques agissant sur les marchés de matières premières, dont BNP Paribas qui aurait contribué à l’achat de 102.450 tonnes ; le groupe Armajaro a accumulé une grande partie des contrats à termes de cacao.

Armajaro surnommé à la city de Londres « the chocolate Finger » a ainsi créé une pénurie artificielle qui a dicté une augmentation du prix du cacao sur les marchés physiques, jamais atteinte depuis 33 ans. Compte tenu de leur faible pouvoir de négociation ou de leur isolement, les petits producteurs de cacao n’ont pas pour autant bénéficié de la hausse du coût du cacao sur les marchés financiers.

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